Sous un visage tiré, cerné, tombant, le regard sombre, les yeux en lutte pour rester ouverts, le corps lourd et pantouflard, je me suis perdue.

Je n'arrive plus à trouver l'énergie, le sourire, la joie. Même la tristesse, je ne la ressens  pas. Ma libido est largement en dessous de zéro.

Je ne sais pas quoi faire. Il y a cette boule dans mon ventre, qui parfois remonte dans le larynx et me coupe l'appétit. Il ya cette fatigue qui me pèse et me rend faible pour tout, même prendre une douche est difficile. Il y a ces larmes qui s'amassent derrière mes yeux et me tapent dans le front, mais elles ne sortent que par petites gouttes péniblement.

Il y a le monde qui m'entoure, qui me salue et anodinement me demande "ça va ?", juste par politesse et par habitude, et moi j'ai envie de hurler "non ça va pas". Alors j'esquive un petit sourire en répondant "les vacances vont faire du bien, je suis fatiguée".

Il y a mon amour. Comme tout spectateur, il ne peut que me transmettre son énergie. A moi de la prendre. Mais je n'y arrive même pas. Jusqu'à ce qu'il s'énerve et me rappelle qu'il ne peut pas m'accompagner la dedans, que c'est impossible. C'est là que ces quelques gouttes se faufilent timidement sous mon visage, honteuses d'être sorties de mon corps, elle ont hâtes d'être balayées par un mouchoir.

Il y a mon travail, pourtant un si beau travail... Et moi je le subis progressivement.
Il y a les projets de vacances. ET je ne peux pas dire, "non putain de merde, j'ai pas envie d'aller au parc d'attraction, ni en week end chez eux, ni au concert de bidule, et encore moins chez les parents ! Je veux juste dormir, vas-y toi, moi je me repose..." Je ne peux pas dire ça, je me sentirais encore plus mal !

Le cercle infernal. je sais que les troubles alimentaires étaient salvateurs. Ils ne le sont plus, mais le problème de fond n'est pas réglé. Je suis bien trop fragile. Les échecs m'effondrent, au lieux de me faire évoluer. Peut-être que sans oeuf, la poule aurait continué à picorer naïvement. Ou peut-être qu'elle n'aimera jamais vraiment la vie, tout simplement.