J’ai tenté de mourir. Je l’ai souhaité. 

Coup de folie ?

Acte prémédité ?

Les deux, je crois.

 

Ça fait deux ans environ, que je « survis ». Ce qui me permet de ne pas sombrer complètement, c’est l’espoir de me dire qu’un jour, mes enfants auront grandi, que l’autisme de ... aura été pris en charge. Néanmoins, l’espoir ne suffit pas à atténuer les souffrances du quotidien. J’ai pris pour habitudes de me réfugier dans diverses addictions.

Celle qui me suit depuis ma pré-adolescence :  la boulimie vomitive.

A cela est venu s’ajouter le besoin d’alcool. Tout simplement pour me sentir innocente, légère, insouciante et parfois pour ne plus rien « sentir » du tout.

 

J’ai noté que ces périodes d’addiction étaient intenses quand la pression redescendait à la maison. Comme si le fait de retrouver une vie (presque) normale ne me suffisait pas. Il fallait absolument un « feu d’artifice » pour être bien.  Comme l’ivresse.

 

Mon mari a beau me demander de le prévenir quand je vais « lâcher » prise, je m’en sens incapable. Même s’il insiste. J’ai trop honte. ET puis sur le coup je me dis « juste un verre pour me détendre, ça ne va pas me tuer ». Le problème c’est qu’une fois lancée je ne contrôle plus ma consommation, ma joie, mon euphorie. Alors soit je ne sais plus m’arrêter. Et c’est le drame.

Il m’est arrivé un matin il y a quelques jours de constater que ma dernière recherche internet conscernant les overdoses médicamenteuses, notamment celles à l’alprazolam, mon anxiolytique …

 

Dimanche 30 Avril 2016, nous avons passé une journée sympathique ce qui est rare chez nous. Le temps ensoleillé nous a permis une petite ballade, du jardinage. Mon Ainé a fait du Vélo avec son copain dans la rue. Ils sont venus jouer dans le jardin. Le 2ème a joué dans le jardin, il a fait de la draisiène  dans la rue. Il est même tombé.

Mon mari a jardiné, bricolé dans la cabane à outils, et nettoyé la piscine.

Moi j’avais envie de perdre pied. De sentir l’ivresse. C’était plus fort que moi. Je m’en voulais terriblement, je ne voulais pas craquer. 

Alors j’ai pris un anxiolytique. 

Néanmoins, cela ne m’a pas suffit, alors je me suis laissée aller à quelques verres, en cachette.

Evidemment, malgré mon gros désir de contrôle, et le refus d’en parler à mon mari, mon état s’est dégradé. Euphorique, titubante, inconsciente, il m’a envoyé me coucher à 19H, pour protéger les enfants d’une mère qui ne me ressemble pas.

Honte, culpabilité et surtout colère m’ont envahie. Je me suis dis que je ne pourrai jamais sortir de cette spirale, et qu’à ce stade je faisais plus de mal à ma famille qu’autre chose. Je me suis dis que cette fois mon mari n’accepterait pas ce nouveau pas de travers et qu’il partirait. J’ai rassemblé mes anxiolytiques et mes antidépresseurs : 2 plaquettes de Citalopram et 2 d’Alprazolam. J’ai tout avalé. A quel moment exactement je ne sais pas. Il me semble que j’ai fait ça dans la soirée, assez tard.

Je me suis réveillée dans la nuit probablement, j’ai constaté que j’étais vivante et que mon mari ne dormais pas mes côtés. Encore beaucoup de colère de tristesse. Je ne voulais pas encore une engueulade, des mensonges sur mon état.

Je n’ai pas hésité longtemps à dévaliser l’armoire à Pharmacie : 2 plaquettes de zopiclone, et tout le flacon d’atarax. Je voulais me rendormir.

Trou noir, mon mari me dit que je suis allée réveiller mon 2ème garçon le matin. Après je lui ai dit (comment pourquoi) que j’avais fais une bêtise.

Trou noir.

Le samu et les pompiers sont là. Ils me demandent de garder les yeux ouverts. Je sens la main de ma belle mère. Je suis tellement bien dans cet état second, j’ai pas envie d’ouvrir les yeux.

Trou noir.

J’entrouve les yeux, j’aperçois un infirmier avec un calo et un masque vert ou bleu c’est très flou. Je referme les yeux, je ne veux pas me réveiller, c’est trop bon d’être là. Je sens qu’on s’occupe de moi, ça me fait du bien. Et surtout je ne sens pas mon corps. Aucune pensée, rien juste l’envie de garder les yeux fermés. J’entends malgré moi l’infirmier gueuler « c’est quand même pas croyable de faire une connerie pareil, elle a des gosses ». ça me met en colère, j’entrouve les yeux, il est en train de me poser une perfusion. Je ne sens absolument rien, et c’est trop bon. Dodo, ho oui, dodo, j’ai quitté mon corps. J’ai honte de le dire, mais c’est génial, pour la première fois depuis longtemps, je me sens bien. Et pourtant je suis inconsciente et une équipe médicale se démène pour me sauver la vie. 

Trou noir. 

J’ouvre les yeux, un poil bousculée. On me fait une prise de sang. Je referme les yeux. Je me sens tellement bien en black out.

On me parle, j’ouvre les yeux, c’est flou. J’observe un femme souriante, et un homme. Il est beau garçon. Il fait un regard soucieux, pensif. Il me demande si je sais pourquoi je suis la. J’acquiesce. 

Il me parle et je lui réponds mais je ne me souviens absolument pas de la discussion, juste de « vous voulez vous reposer ? » ce que j’accepte.

Je me souviens tenir le coton quand on me retire la perfusion. Quelqu’un me rhabille. La gentille femme me fait marcher. Il fait nuit. Elle m’explique ou elle m’amène mais je ne me souviens pas. Le seul reste c’est qu’elle me prête un pyjama. En m’aidant à l’enfiler, elle dit « c’est pas très glamour, mais ça dépannera ». Effectivement une grosse blouse verte et un gros pantalon bleu, que des trucs d’hôpitaux.

Black out.

 

Le lendemain matin on frappe à ma porte. Une jolie jeune femme me parle c’est pas la même qu’hier. J’ai du mal à suivre ce qu’elle me dit, si ce n’est que je n’ai pas déjeuné. Je découvre ma chambre. Elle me lève et m’aide à marcher dans un long couloir. J’ai pas envie d’ouvrir les yeux, j’ai l’impression que les murs me tournent autour.

« comment ça elle a pas déjeuné ?! Pffff… » Un dame brune me donne une corbeille de pain avec un bol de café. Ses gestes sont brusques. « tenez c’est tout ce qui reste », elle pose une beurre mignature devant moi. Je mange mécaniquement une tartine et retourne dans ma chambre avec l’aide d’un infirmier. 

Black out. Je ne veux pas me réveiller, je veux rester dans le coton, c’est trop bien.

 

 

Maintenant après une semaine, je comprends que j’ai adoré être inconsciente. Ce sommeil profond. J’aime être enfermé dans cette petite chambre face à moi même. Surtout je ne peux pas faire conneries. Ni boulimie, ni ivresse, ni prise de médicament.

Je suis dans une insécurité de pensées. J’ai peur de recommencer un tel acte pour mes enfants et mon mari. Mais je ne suis pas certaine d’être capable de gérer ça. J’ai l’impression que je pourrais recommencer.

Monb mari a jeté une boite de somnifères. Ça m’a fait chier… Je me suis dit « zut, au cas ou, eh bien j’en n’ai plus ».

Pourtant en ce moment je me sens bien. Mais je sais que quand je rentrerai ça ne sera pas le cas. Je crois que je ne me sens pas capable d’affronter le quotidien. Je crois que j’ai pris beaucoup de plaisir à cette tentative de suicide et ça me questionne car c’est quand même très bizarre de dire ça !